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Ce jour-là, comme beaucoup de
parisiens qui "sentaient" que la liberté approchait avec les troupes
alliées, elle a eu l'imprudence de se mettre à la fenêtre de notre
appartement, au 1er étage au-dessus du salon de coiffure où elle
travaillait. J'étais à une fenêtre voisine avec mon grand-père,
Hrand Schenorkian. J'allais avoir 5 ans.
Je n'ai jamais oublié... |
Ma mère a été tuée d'une balle en
pleine tête. Je me souviens de mon père hurlant à la fenêtre: "Ils
ont tué ma femme !" et de nombreux voisins venus dans notre
appartement... J'ai vite été entraîné chez un petit camarade
demeurant quelques étages plus haut et qui, pour me distraire, a
joué avec des marionnettes.
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Le corps de ma mère est resté cinq
jours dans l'appartement avant que l'on puisse l'emmener au
cimetière. Evidemment, les services publics comme les pompes
funèbres ne pouvaient plus fonctionner. On peut imaginer ce qu'il
advient d'un cadavre en plein mois d'août... Mon père m'avait envoyé
chez des amis, à Suresnes.
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En novembre 1944, mon grand-père,
réfugié arménien qui avait dû fuir Constantinople avec sa femme
(morte de tuberculose et de misère bien avant guerre) et sa petite
fille Virginie pour échapper aux turcs, s'est suicidé dans ce même
appartement. Pendant des années, j'ai cru qu'il "était reparti dans
son pays", comme mon père avait voulu me le faire croire.
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J'habite maintenant en province, comme
ma fille Virginie. Mon fils demeure à Paris où je viens fréquemment.
A chacun de mes passages, je me rends
50 rue Dauphine. Ce n'est plus un salon de coiffure mais un "Sushi
house" qui se trouve là, un signe des temps... Je contemple à chaque
fois la fenêtre où la vie de ma mère a été brutalement interrompue
et celle des quelques autres membres de la famille bouleversée.
C'était la guerre....
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