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La libération de Chevilly-Larue
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Chevilly-Larue, petite ville d'environ 3 300 habitants pendant la guerre, se trouve au carrefour de deux axes routiers importants : la RN 7 qui monte sur Paris et la RN 186 qui relie Créteil à Versailles (l'actuelle A86). Les Alliés abordent la capitale par le Sud, le Groupement Langlade progressant sur la RN 10, le Groupement Billotte sur la RN 20, les Américains de la 4ème Division d'infanterie par la RN 7 (voir le détail des unités ... ]). Les Allemands ont installé la "ceinture défensive de Paris" le long de cette RN 186. Le 24 août le commandant Massu essuiera des pertes à Jouy en Josas (]) les combats de Fresnes et d'Antony seront meurtriers (]) |
Les Américains ont été signalés sur la RN 7 dès le 22 août : des FFI de Choisy le Roi rendent compte à la Préfecture de police que les Allemands se replient à Belle-Epine et que des motocyclistes américains ont été tués avant Rungis (il doit s'agir d'une patrouille de reconnaissance). Le 24 août à 16h15 la gendarmerie de Belle-Epine appelle à son tour pour indiquer que des canons américains tirent sur la défense allemande constituée de canons de 88 anti-chars ...
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Danièle Rémy-Collart, dont les beaux parents habitaient Chevilly-Larue pendant la guerre, a bien voulu nous confier ces documents et photos sur la libération de la ville. __________ |
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véhicules américains sur la RN 7 (collection Rémy-Collart)
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Après guerre, le Père Joseph Heidmann a rédigé, à partir des archives du Séminaire des Missions de la Congrégation du Saint-Esprit, un récit très détaillé des évènements qui ont marqué la libération de Chevilly-Larue : Mercredi 23 août : Les maires sont changés dans presque toutes les communes. Quelques uns même sont arrêtés comme collaborateurs. Monsieur Hochart devient maire de Chevilly. Le ravitaillement est de plus en plus difficile, à commencer par le pain. 50 grammes par personne et par jour. Si la farine ou le bois de chauffage ne manque pas. Voici que ce matin la radio joue la Marseillaise. Le speaker annonce : "Paris est libéré par les FFI". Tout le monde respire. La guerre est finie ... La réalité s'avère toute autre. L'on se bat dans les rues de Paris. Ceux qui reviennent en savent quelque chose, mais également ceux qui ne reviennent pas. La liste des victimes est longue. L'action de la Résistance s'exerce vigoureusement. Les blindés américains se trouvent dans la région de Corbeil-Essonnes. La banlieue parisienne est toujours occupée. Les Allemands mettent la route de Fontainebleau en état de défense. Ils passent dans Chevilly en auto, armés de mitrailleuses et prêts à tirer. Ceux qui hier ont menacé de bombarder le village à cause d'un soldat allemand tué dans le quartier de la Chapelle Sainte Colombe sont partis sans mettre leur menace à exécution. Pendant la nuit éclate un gros orage accompagné de trombes d'eau et de coups de tonnerre terribles ... signe avant-coureur de l'orage plus terrible encore qui éclatera demain.
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Jeudi 24 août : Il pleut. Le maire fait savoir à la population que les Alliés s'approchent sur la route de Fontainebleau et sur la route d'Orléans. De fait la bataille commence à l'ouest et au sud de Chevilly. Les Allemands passent dans nos rues et s'efforcent d'arrêter les blindés français qui débouchent sur le plateau de Wissous et Rungis. On les voit circuler sur la route de Versailles. Midi, le bruit des mitrailleuses et des canons se rapproche. Les obus sifflent et éclatent assez près des maisons. Vers les 14h00 des chars français stationnent sur la route de Versailles et tirent de temps en temps sur l'occupant. Des soldats allemands, par petits groupes, se replient sur la route de Rungis. Ils traînent derrière eux de petits canons anti-chars. 16h00, la ligne des blindés français se renforce malgré les efforts désespérés que leur opposent les automitrailleuses, les cyclistes et les tirailleurs allemands soutenus par le tir du canon des Hautes Bruyères (*). Les projectiles survolent Chevilly; ils passent en sifflant pour s'écraser près du Séminaire. On se bat durement près de la prison de Fresnes (]) et sur l'avenue Jean Mermoz. Les Allemands qui reviennent de la ligne de feu sont "sans feu"; ils paraissent à bout de forces et de courage. Une escouade vient se constituer prisonnière à la mairie et dépose les armes. Une batterie se place derrière le tombeau-chapelle du Séminaire et tire sur les chars blindés français stationnés sur la route de Versailles. Les chars ripostent. Les mitrailleuses tirent de tous les côtés. Les balles sifflent et claquent contre les maisons. L'on commence à se réfugier dans les caves. * La redoute des Hautes Bruyères, fortification construite en 1870 pour renforcer la ceinture de forts dans le Sud de Paris, se trouve sur le territoire de la commune de Villejuif. Vers les 19h00, les Allemands tirent avec un canon anti-chars et font sauter un dépôt de munitions dans l'Ecole départementale (*). Trois éclats d'obus tombent sur la toiture du Séminaire. Une balle de petit calibre traverse le carreau d'une fenêtre et va se loger dans la porte. Dieu merci ! Il n'y a ni mort, ni blessé. En retraite et en rage, ils traversent et retraversent les rues du village et se livrent à une véritable chasse à l'homme. Avec leurs mitrailleuses à quatre tubes et leurs canons anti-chars, ils tirent sur tout et tous. Cette folle rage va durer près de deux heures. Heureusement qu'il y a des caves pour s'abriter ! La nuit, une batterie allemande installée dans la direction du fort des Hautes Bruyères tire sur les blindés français placés sur la route de Fontainebleau; une autre stationnée vers Fresnes tire dans la même direction. La réponse des blindés français de la route de Fontainebleau ne se fait pas attendre. |
véhicule blindé allemand détruit (collection Rémy-Collart)
canon allemand abandonné (collection Rémy-Collart)
* L'Ecole départementale de Vitry sur Seine, ancien orphelinat devenu lycée professionnel au nord de Chevilly-Larue sur la RN 7, avait été réquisitionnée par les troupes d'occupation; à la libération on y découvrira, sommairement enterrés, les cadavres de huit soldats des FFI capturés le 21 août lors de la contre-attaque allemande sur la Mairie de Vitry : Paul Armangot, 36 ans, Robert Coucharrière, 17 ans, et son frère Marcel, 22 ans, Marcel Fievet et ses deux fils Marcel-Aimé, 17 ans, et Jacques 16 ans, Robert Poirier, 26 ans et son frère Roger, 22 ans.
Vers 23h00, l'artillerie française attaque le fort des Hautes Bruyères qui riposte. Les obus volent en miaulant au dessus des toits. Cette nuit de la Saint Barthélemy passée dans les caves devient pour Chevilly une nuit historique.
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Vendredi 25 août : De grand matin le bruit du canon et des mitrailleuses sonne un triste réveil. Au carrefour des Sorbiers gisent trois morts. Le maire fait appel aux séminaristes qui font partie de la Croix-Rouge pour les ramasser. Ils trouvent un soldat français en uniforme; il porte la croix de Lorraine sur le casque. Il y a également un civil. Le troisième est un soldat allemand qui avait été caché dans un trou par peur des représailles. Pendant que les secouristes s'occupent des morts, des gens indignés et horrifiés annoncent qu'un Père et un jeune homme tués par les Allemands gisaient sur la route des Sorbiers. L'on trouve le Père Mazurié, couché sur le dos, à l'angle du carrefour à l'endroit précis de l'arrêt de l'autobus. Le crâne était fracassé, les balles tirées dans la figure étant ressorties par le haut; le bras et la main droite sont couverts de sang; le bas de la soutane est déchiré. A côté de lui gisait un garçon de 17 ans, Jacques Hellouin. Toute la journée les troupes américaines passent sur la route de Fontainebleau en direction de Paris. Sur la route Jean Mermoz, c'est l'armée du général Leclerc qui va faire son entrée dans Paris. La foule est là. Elle acclame les libérateurs. Dans les clochers, les cloches chantent joyeusement la victoire. Au moment où tous les blindés défilent sur le territoire de la commune, le curé chasse à coups de pied les jeunes qui veulent sonner les cloches de l'église. Il ne veut pas entendre parler de la victoire des Alliés; c'est un germanophile cent pour cent. Marc Ellenberger, dont le résultat des recherches est exposé plus loin, a recueilli auprès d'un ancien FFI de Chevilly-Larue le témoignage suivant : "Si les cloches n'ont pas sonné c'est parce que le curé n'en avait pas reçu l'ordre de sa hiérarchie et qu'il était du genre timoré; il avait sans doute peur des représailles. Devant son refus énergique, il a été traité de "collabo" par dépit. Cela ne veut pas vraiment dire qu'il était un collaborateur". Vers les 14h00 toute résistance allemande semble avoir cessé. Le bruit du canon s'est tu. Les drapeaux français et alliés sont accrochés aux fenêtres des maisons; le Séminaire, à cause de la mort du Père Mazurié, ne sortira les siens que dans la soirée; le presbytère, malheureusement, ne pavoisera pas... Le soir, sur la place de l'église, une "cérémonie" d'un genre nouveau réunit une bonne partie de la population. Il s'agit de flétrir publiquement des femmes et des jeunes filles qui se sont mises au service des Allemands. Afin de les désigner au mépris du public, on les tond et on les rase complètement. Il y a des pleurs et des grincements de dents, des tentatives de résistance, mais finalement il faut y passer. On en compte une dizaine et, comme cela arrive souvent, les principales parviennent à s'échapper. La nuit vient terminer cette journée inoubliable : la journée de la délivrance. La bataille de Chevilly est terminée, mais la guerre continue. Le canon gronde dans le lointain; les lueurs d'incendies s'élèvent à l'horizon. Les Allemands ne sont qu'à quelques kilomètres; la route est encore longue jusqu'à la victoire. Mais nos soldats sont des braves. Avec l'aide de Dieu, on les aura !
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une première plaque est fleurie à l'endroit où sont tombés Dericbourg et Petit-le-Roy |
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le curé Alphonse Rousseau célèbre la cérémonie funèbre
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la population de Chevilly-Larue les accompagne |
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jusqu'au cimetière communal où les FFI rendent les honneurs (collection Rémy-Collart)
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monument commémoratif dans le cimetière
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__________ Les victimes : Le Père Gérard Vieira, archiviste général de la Congrégation du Saint-Esprit, a bien voulu me communiquer la notice biographique du Père Laurent Mazurié et Madame Geneviève Karg, responsable des archives photos, son portrait.
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